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Un jour de blues, je relisais Graham Greene, en me demandant ce qui n'allait pas dans ma vie. J'étais plutôt beau, gai, plus un petit détail: j'étais joueur. Alors ? Je crois qu’il manquait une chose dans ma vie. Il faisait beau, il fallait que je sorte. Au départ, ne sachant que faire, je décidai d'aller me promener dans les bois. Mais finalement, je pris le petit chemin, juste en bas de chez moi. Bordé de hautes herbes, il menait à une plage de sable fin, où enfant, j'allais creuser quelques trous. L'unique obstacle à la beauté de ce lieu était un bunker datant de la deuxième guerre mondiale. (Obstacle à la beauté certes, mais en tant qu’élément de mémoire, sa présence ne me choquait pas). J’entrai dans le bunker, un sandwich à la main. Je me répétais encore: "comment vais-je faire pour m'en sortir". Puis je m’assis à son sommet. Je suis resté là 4h/4h et demi. (ce qui est beaucoup pour une personne seule, je vous l'accorde). Un oiseau est passé au dessus de ma tête. J’ai ressenti de la joie. Au retour, je suis passé par la route de la ferme. J'ai croisé un paysan qui ramenait ses deux vaches et ses dix veaux dans leur enclos. "Beau métier" pensai-je, mais qui se perd. Une fois à la maison, je me suis préparé un petit thé, accompagné de quelques gaufres à la vanille. J'avais lu quelque part (je ne me souviens plus où) leur vertu régénératrice. Chaque dimanche, j'en mangeais plusieurs. Le nombre variait. Je les prenais par trois, par quatre, ou par cinq. J'en avais une grande boite. Une boite de 72. Finalement, en cette fin de journée, mon cœur avait retrouvé une certaine légèreté. J’ignorais pourquoi. Je suis sorti dans le jardin pour contempler la pleine lune. Je me suis souvenu avoir été frappé, enfant, par la vision de cette lune dans une lunette astronomique. Grossi dans l’instrument, elle paraissait à porté de main. Ronde et constellée de petits cratères, elle me fit penser à une balle de golf. « Bien sûr, me dis-je, je vais jouer au golf, j’ai toujours eu envie d’y jouer. » En rentrant dans le salon, j’ai allumé la radio. On y passait la chanson d’un de mes interprètes préféré, Michel Jonasz : « La fabuleuse histoire de Mister Swing »…
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